Didier Drogba, l’homme d’un peuple, le soldat d’une nation.

Il existe de nombreuses histoires et anecdotes qui prouvent l’importance du football dans notre société et cela depuis des décennies. Parfois certains footballeurs troquent leur tenue de match pour enfiler celle du héros populaire. De Matthias Sindelar à Socrates en passant par Marcus Rashford plus récemment, nos idoles incarnent un rôle qui dépasse le simple joueur de Football. Le légendaire Didier Drogba a transcendé ce rôle à plusieurs reprises lorsque son pays était en situation de crise humanitaire.

Passé par notre très chère Ligue 1 au Mans, à Guingamp et à l’OM, c’est dans les beaux quartiers londoniens que Didier Drogba va connaître la gloire ad vitam aeternam. En effet, lorsqu’on évoque Chelsea on pense à l’attaquant ivoirien, à ses buts, à ses actions de génies et ses moments iconiques. Ses nombreux faits d’armes ont fait de lui cet attaquant respecté de tous. Amener Chelsea sur le toit de l’Europe en étant clutch ? Envoyer la Côte d’Ivoire en Coupe du Monde pour la première fois de son Histoire ? Faire de Chelsea un grand d’Angleterre et d’Europe ? Tout ceci Drogba l’a fait. Pourtant l’une de ses glorieuses réussites n’est pas un but ou une victoire mais un discours, une prise de parole pour l’Histoire de son pays en ce jour de 8 octobre 2005.

Un contexte national tendu.

Depuis 2002 la Côte d’Ivoire est divisée en deux camps : les sudistes, favorables au président Laurent Gbagbo et le nord où une faction rebelle nommée Forces Nouvelles fait office d’opposition au pouvoir en place. Les frustrations se transforment en tensions et une guerre civile éclate en septembre 2002. Une crise politico-militaire qui débouchera sur une intervention militaire de l’ONU, du Burkina-Faso et de la France. Des accords sont trouvés mais rien n’empêche la reprise de cette guerre en 2004. La Côte d’Ivoire est une jeune démocratie rongée par les clivages ethniques et religieux. Un événement apparaît comme une lueur d’espoir, un possible mais éphémère moment d’accalmie existe. La futur Coupe du Monde 2006 en Allemagne. Les Éléphants participent aux qualifications et sont même relativement bien placés pour décrocher leur premier billet pour participer au plus grand événement footballistique mondial. À cette époque Drogba, déjà international ivoirien, est un néo Blues. Dès sa première saison, il remporte la Premier League, une première pour Chelsea depuis 1955, soit 50 ans sans être champion. Sa deuxième saison à Londres a commencé il y a peu et Didier Drogba rejoint la sélection ivoirienne en octobre 2005 pour un rendez-vous crucial avec l’Histoire.

Son pays, sa bataille.

Le 8 octobre, un jour que jamais Didier Drogba n’oubliera. Les Eléphants affrontent le Soudan pour le dernier match du groupe 3 des qualifications pour la Coupe du Monde 2006. Alors deuxièmes du groupe, les ivoiriens sont dans l’obligation de l’emporter car en simultané de leur match contre les soudanais, le Cameroun, premier du groupe, affronte l’Egypte troisième. Une défaite contre le Soudan et une victoire des Pharaons contre les Lions indomptables signifieraient une élimination pour les coéquipiers de Didier Drogba. Impossible pour les hommes d’Henri Michel surnommés « la génération dorée » de ne pas être présents en juin 2006 en Allemagne. L’équipe emmenée par Drogba, les frères Yaya et Kolo Touré, Zokora, Kader Keita et Bonaventure Kalou va bel et bien remporter ce match crucial 3-1 et prendre la tête du groupe grâce à un nul entre le Cameroun et l’Egypte. Soutenu par ses coéquipiers, Drogba à genoux, prend la parole. Le reste appartient à l’Histoire : « Ivoiriens, Ivoiriennes, du nord au sud, du centre, à l’ouest vous avez vu aujourd’hui que toute la Côte d’Ivoire pouvait jouer ensemble pour un même objectif: se qualifier pour la Coupe du Monde. Vous nous avez promis que cette fête allait rassembler le peuple, alors on vous demande, s’il vous plaît, à genoux : Pardonnez ! Pardonnez ! Pardonnez ! Le seul pays d’Afrique qui a toutes les richesses ne peut pas sombrer dans la guerre. Déposez les armes, organisez des élections et tout ira mieux ».

Un appel solennel, tellement sincère et honnête, l’attaquant va toucher tous les ivoiriens. Plus fort qu’un discours de n’importe quel politicien, les ivoiriens se sentaient soutenus par leurs athlètes. Le temps d’une fête, la Côte d’Ivoire pose les armes et comme Drogba et ses paires se mirent à danser, à chanter et célébrer ce succès ô combien précieux. Malgré une élimination en phase de groupes à la Coupe du Monde 2006, les Éléphants n’ont pas été ridicules et seront acclamés avec fierté dans leur pays. Didier Drogba qui a fait le choix de rester neutre dans ce conflit va davantage s’y impliquer dans le conflit qui gangrène son pays. Ainsi le 3 juin 2007, la Côte d’Ivoire affronte Madagascar pour les qualifications à la CAN 2008. Le match, initialement prévu à Abidjan, aura finalement lieu à Bouaké en pleine zone rebelle. En effet, Didier Drogba, conscient que les performances des siens peuvent améliorer la situation et rassembler les ivoiriens, a lourdement insisté pour le match ait lieu dans cette ville qui cristallise les tensions. Les Eléphants triompheront 5-0 contre les malgaches et Drogba marquera même un but. À la fin de ce match qui qualifie les ivoiriens, pour la phase finale de la CAN 2008, Drogba dira une phrase emblématique.

« Seul le Football peut entraîner un tel rapprochement, maintenant c’est aux décideurs d’aller plus loin »

La triste guerre civile ivoirienne s’était achevée en mars 2007 suite aux accords de Ouagadougou et l’amnistie entre les rebelles et le pouvoir en place. Mais hélas, alors que la Côte d’Ivoire séchait ses larmes, tout n’était pas terminé. Après avoir signé la fin de la guerre, il fallait gagner la paix. Nul doute que les actions de Didier Drogba, ses messages de paix ont contribué à la fin des tensions entre ivoiriens.

Le football a atteint une popularité sans égal dans le monde, un match peut faire l’objet de tensions mais avant tout peut réunir les gens entre eux, dans la victoire comme dans la défaite. Œuvrant pour la paix comme le bosnien Predrag Pasic et pour la démocratie tel le brésilien Afonsinho, Didier Drogba nous a prouvé que certains héros ne portent pas de capes mais des crampons.

Aujourd’hui jeune retraité et ambassadeur à l’ONU, Drogba vise désormais la présidence de la fédération de football ivoirienne afin de poursuivre et de combiner son engagement pour son pays et son amour du football.

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