Giannelli Imbula : “70 000 personnes qui vous encouragent, ça donne des super-pouvoirs.”

Après être parti à la découverte de Romain Faivre, Eboue Kouassi et Ludovic Blas, nous avons cette fois-ci pu questionner Giannelli Imbula. Actuellement un joueur du FC Sotchi en Russie, le natif de Vilvorde sort de trois années compliquées et a des choses à dire. Confidence.

Bonjour Giannelli, tout d’abord, comment vas-tu ? 

Merci à vous, je vais bien merci, malgré les circonstances du confinement, on apprend à vivre autrement et à se recentrer sur l’essentiel.

Pour résumer ton parcours, tu as commencé le foot à l’âge de 6 ans à l’US Argenteuil. Tu as évolué par la suite au Racing, au PSG et à Guingamp avec les équipes de jeunes. Comment décrirais-tu ton parcours junior ?

J’ai eu un parcours classique avec quelques rebondissements. J’ai réussi à me faire ma place au Racing, la suite logique était d’aller au PSG, ce que j’ai réussi à faire. C’était une fierté pour moi d’intégrer un centre de formation aussi prestigieux. Malheureusement au bout d’un an, on ne m’a pas gardé. Je me suis remis en question, j’étais plein de doutes. Retourner au Racing, là où j’avais mes repères était une évidence. A force de persévérance, j’ai intégré le centre de formation à Guingamp. L’adaptation n’a pas été facile, loin de ma famille, j’ai même eu l’impression de stagner pendant une période. J’ai vraiment eu un déclic six mois après mon arrivée. Je vivais une période difficile sur le plan personnel et à ce moment-là le foot était une échappatoire, j’étais devenu beaucoup plus performant.Je garde un excellent souvenir de ces années malgré tout.

En 2009, l’EAG est alors en Ligue 2 et te fait passer pro. Malgré la descente en National en 2010, tu t’accroches et tu restes au club. Un choix payant, puisque finalement, le club remontera en Ligue 1 quatre ans plus tard, et tu seras élu meilleur joueur de Ligue 2 en 2013. Comment as-tu vécu cette période pleine de bouleversements à même pas 20 ans ?

Honnêtement, je ne l’ai pas vécu comme ça. On m’a sensibilisé très jeune sur le fait que la réussite n’était pas linéaire. Je n’ai pas ressenti de bouleversement, au contraire, j’ai senti qu’il y avait des responsabilités à prendre. Avec la descente en national, ça a permis à de jeunes joueurs comme moi de gagner du temps de jeu. On s’est accroché et finalement Guingamp m’a permis de m’exprimer, et comme vous l’avez mentionné, j’ai été récompensé en étant élu meilleur joueur du championnat, à 20 ans, un de mes plus beaux souvenirs. J’ai beaucoup appris et je serai à jamais reconnaissant envers EAG

Finalement, en juillet 2013, tu t’engages à l’Olympique de Marseille pour 5 ans et pour un montant avoisinant les 10M€. Malgré une rude concurrence, tu arrives à t’imposer (ndlr. 37 matchs cette saison-là), disputant même ton premier match de Ligue des Champions contre Arsenal à 21 ans. Passer de la National à la Champions League en 3 ans à peine, était-ce un rêve éveillé pour toi ? Comment as-tu vécu cela ?

Si on m’avait dit 3 ans avant que je jouerais la Ligue des Champions, avec un club aussi mythique que l’OM, je n’y aurais pas cru. C’était un objectif que je ne pensais pas atteindre aussi tôt. J’ai avancé étape par étape, en revoyant mes objectifs progressivement. J’ai travaillé très dur, sans compter mes sacrifices. J’ai été porté par cette ascension qui m’a galvanisé et m’a permis de faire mes preuves. Mon premier match en Ligue des Champions était un magnifique souvenir même s’il a été entaché par la défaite de l’OM. 

Toi qui as joué dans différentes équipes parisiennes quand tu étais plus jeune, rejoindre l’Olympique de Marseille n’était-ce pas un problème pour toi ?

Je n’ai pas pu résister à l’appel de ce grand club mythique. C’est ceux qui m’ont montré le plus d’intérêts et de garanties de jeu. Je dois vous avouer que je suis vite tomber amoureux de ce club. J’ai aimé la ferveur des supporteurs, j’avais des frissons en rentrant sur le terrain. 70 000 personnes qui vous encouragent, ça donne des super-pouvoirs.

“Derrière le génie de Bielsa se cache un homme soucieux du bien-être de ses joueurs.”

Giannelli Imbula

La saison 2014/2015 est la saison de l’explosion pour toi, tu es vu comme un élément majeur du club phocéen. Tu fais d’ailleurs la connaissance cette année-là d’un homme, El Loco Marcelo Bielsa. Qu’est-ce qu’il a pu t’apporter tant sur le plan sportif qu’humain ? 

J’ai lu y a quelques jours un article dans lequel un joueur le compare au Professeur de la Casa de Papel. Ça m’a fait sourire parce qu’en effet, derrière le génie de Bielsa se cache un homme soucieux du bien-être de ses joueurs. Il a su me donner confiance en moi. Les soirs de méforme, il avait les mots justes pour nous réconforter. Sur le plan sportif, j’ai beaucoup progressé tactiquement grâce lui, notamment dans mes déplacements, dans l’intensité du jeu et dans la récupération.
J’ai beaucoup de reconnaissance envers lui, il m’a donné l’opportunité de me montrer sous mon meilleur jour.

L’année suivante, tu t’envoles pour le Portugal où tu rallies le FC Porto pour 5 ans et près de 20M€. Malgré un début de saison convaincant, tu es vite mis sur le banc par Julen Lopetegui, l’entraîneur du club à l’époque. Cette expérience ne dura que 6 mois, puisqu’en février 2016 tu es transféré à Stoke City, alors pensionnaire de Premier League. Comment as-tu vécu cet échec après avoir pourtant plus ou moins réussi à l’OM ?

Après une saison complète à l’OM, je suis arrivé motivé à bloc au FC Porto. Mes premiers matchs étaient satisfaisants mais peut-être pas assez aux yeux de Julen Lopetegui, qui a commencé à me mettre de côté petit à petit. Démis-de-ses-fonctions quelques temps après, j’ai eu un regain d’espoir. Après une discussion avec le nouvel entraineur et le Président, j’ai vite compris que je ne faisais pas parti du projet. Je me suis dit qu’il ne fallait plus perdre de temps. Six mois après mon arrivée, j’ai dû prendre la lourde décision de quitter le FC Porto pour Stoke City. Mais avec du recul, je me dis que j’aurais dû m’accrocher et démontrer au coach que je méritais ma place au sein du club. 

“J’ai eu de nombreuses propositions de clubs, et j’ai même eu l’opportunité d’aller dans un grand club français mais Stoke City m’a bloqué. Pourquoi ? Je ne sais pas.”

Giannelli Imbula

Malgré une demi-saison complète avec Stoke City (ndlr. 14 matchs & 2 buts), tu as finalement enchaîné trois prêts du côté de Toulouse, du Rayo Vallecano et de Lecce. Malgré un début de carrière convaincant, on a eu le sentiment que tu t’es quelque peu égaré dans la progression de ta carrière. Ne penses-tu pas finalement être parti trop vite de la Ligue 1 avec du recul ? Sinon comment pourrais-tu justifier cela ? 

Vous le savez autant que moi, dans le football, il y a le jeu et les coulisses. Une carrière se construit sur des choix qui sont biaisés par les intérêts des clubs. Dans l’idéal, j’aurais voulu rester à l’OM, malheureusement le club vivait une période difficile et avait besoin de liquidité. Il se trouve que je faisais partie des joueurs avec la valeur marchande la plus élevée. Ils ne pouvaient donc pas se permettre de me garder. Après Porto, je suis arrivé à Stoke City fin janvier. C’était pour moi, une opportunité de retrouver du temps de jeu et d’accéder au championnat anglais, sachant que le projet du coach était vendeur.

Les premiers mois se sont super bien passés. Je jouais tous les matchs, je marquais, je me sentais au top de ma forme. A la reprise du championnat, on n’a malheureusement pas été à la hauteur malgré le talent des joueurs de l’équipe. Le coach a dû faire des choix difficiles, pendant une année j’ai donc joué très peu de match. Il était donc pour moi évident de partir.

J’ai eu de nombreuses propositions de clubs, et j’ai même eu l’opportunité d’aller dans un grand club français mais Stoke City m’a bloqué. Pourquoi ? Je ne sais pas. Je pense qu’à ce moment-là, leurs intérêts financiers ont primé. Ça été un des moments les plus difficiles de ma carrière. Après d’autres coups bas, sans rentrer dans les détails, il était inconcevable de continuer à jouer pour eux. J’ai préféré me faire prêter plutôt que de rester à Stoke City. Je tire tout de même de ces expériences du bon, j’ai découvert des championnats différents, des cultures différentes, des façons différentes de penser le football.


En février dernier, tu as finalement décidé de résilier ton contrat avec Lecce, puis avec Stoke City. Tu es aujourd’hui un joueur du FC Sotchi, club du championnat russe. Pourquoi avoir choisi ce projet plutôt qu’un autre ?

Résilier mon contrat avec Stoke City était un soulagement. Après cette période difficile, je suis parti au FC Sotchi, car j’avais besoin de me ressourcer, de retrouver du plaisir et du temps de jeu. Le projet est prometteur et il y fait bon vivre. Je savais en plus qu’Adil (Rami) y serait, c’était un bon point pour l’adaptation. 

À seulement 27 ans, tu as déjà connu 5 championnats différents, la France, le Portugal, l’Angleterre, l’Espagne, l’Italie et la Russie. Si tu devais en choisir un lequel citerais-tu et pourquoi ?

Avec le confinement, je n’ai pas encore eu la chance de découvrir le championnat Russe. Mon cœur balance entre deux championnats, la France, c’est celui qui m’a révélé au grand public et sur la scène européenne, et l’Espagne parce que le jeu correspond beaucoup plus au mien. C’est un championnat qui est porté davantage sur le jeu, de la petite à la grande équipe, ça repart de derrière, ça joue vraiment au foot.

Si tu devais citer le meilleur joueur avec et contre qui tu aies joué, qui citerais-tu ?

Le meilleur joueur contre qui j’ai joué, sans aucun doute Messi, mais celui qui m’a le plus impressionné, ça va peut-être surprendre, mais c’est Willian. On jouait la ligue des champions avec Porto contre Chelsea, il était inarrêtable. Il m’a impressionné par sa vitesse, on avait l’impression qu’il était motorisé. Le meilleur joueur avec qui j’ai joué, c’était certainement Payet, il a une main à la place du pied, il est précis, élégant, il se déplace bien, il a une bonne vision du jeu, c’est un joueur complet.

Alors que la crise du coronavirus frappe le monde et stoppe le football depuis maintenant plusieurs mois, comment vis-tu cette période si compliquée pour tout le monde ? 

Je ne vous cache pas que ce n’est pas facile de vivre loin de ma famille, j’aurais préféré être confiné avec eux à Argenteuil, mais bon… Après, je m’entraîne tous les jours, je me suis essayé à la cuisine, et je m’occupe comme je peux. C’est une période difficile pour tout le monde, je ne suis pas le plus à plaindre.

Merci d’avoir répondu à nos questions Giannelli ! Que pouvons-nous te souhaiter pour la suite ?

Dans un premier temps, que la pandémie s’arrête pour que l’on puisse retourner sur le terrain avec tout le monde en bonne santé. J’espère avoir l’occasion d’aider mon nouveau club.

Merci une nouvelle fois à Giannelli et à toute son équipe de communication pour leur patience et leur sympathie. Nous leur souhaitons le meilleur pour la suite.

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    Récap’ Mercato #1

Comments (2)

  1. Giannelli Imbula opens up on Marcelo Bielsa, Stoke City, blocked transfers and relief at leaving – Stoke-on-Trent, Duck

    […] “You know it as much as I do, in football, there is the game and behind the scenes,” he said as he reflected on his career for France-based foottransfert. […]

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